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17/07/2018

« Apprendre par la créativité, clef majeure d’une pédagogie entrepreneuriale »

Interview de Sophie Reboud, professeur en entrepreneuriat à TEG

« Apprendre par la créativité, clef majeure d’une pédagogie entrepreneuriale »

Sophie Reboud est professeur en entrepreneuriat à TEG – The Entrepreneurial Garden, l’écosystème entrepreneurial original développé à BSB. Elle est également Titulaire de la Chaire Vitagora « Évolution des Business Models dans la filière agroalimentaire ». Elle témoigne ici des enjeux de la créativité dans l’éducation à l’entrepreneuriat.

Qu’est-ce que la créativité apporte dans une pédagogie entrepreneuriale qu’un cours plus traditionnel ne permet pas ?

Partons peut-être d’abord d’un constat : aujourd’hui l’intrusion du numérique dans nos vies a considérablement modifié nos pratiques, et en particulier, pour nous professeurs, nos pratiques pédagogiques. Dorénavant, la norme en cours est de se retrouver devant une assemblée de têtes plongées dans les écrans d’ordinateur, d’élèves « là sans vraiment être là », en tout cas pas présents « en plein conscience », et avec cette difficulté croissante de les intéresser.

Je me suis personnellement retrouvée frustrée et impuissante devant cette situation, et me suis dit qu’il fallait trouver des solutions pour les ramener là – physiquement, intellectuellement et émotionnellement. Le corps, la tête et le cœur ! En tant qu’enseignante en entrepreneuriat, je travaille déjà sur la capacité à voir les choses différemment, à franchir des barrières, à avoir du plaisir dans ce qu’on fait, à gérer ses erreurs, à innover, à avoir confiance… : tout cela mène naturellement à la créativité.

Je me suis dit qu’il était non seulement utile d’enseigner la créativité mais surtout d’enseigner PAR la créativité. La nuance est de taille : si tu ne fais pas, tu ne sais pas si tu sais faire. À TEG, nous développons beaucoup de pédagogies expérientielles, cela nous semble fondamental de « vivre les choses », au-delà des concepts.

Ainsi, il y a une implication essentielle dans un apprentissage par la créativité : il permet de passer de spectateur à acteur, et d’acteur à auteur. Rendre les étudiants auteurs de leur propre démarche : ceci est très important et la créativité est très utile à cet égard.

Un autre apport de la créativité dans une pédagogie entrepreneuriale est la capacité de faire émerger des « personnes complètes ». C’est-à-dire, par exemple, que traditionnellement le système scolaire fait appel seulement à l’intellect et peu à l’émotion. Or les émotions peuvent être un véritable levier : avec la créativité on apprend à se servir de ses émotions pour agir – ou pas.

Concrètement, comment cela se met-il en place dans les enseignements ?

L’idée est donc d’apprendre PAR la créativité. Il y a différentes techniques pour cela, comme la sculpture ou encore le bricolage ; ce qui compte, c’est le chemin parcouru pour y arriver. Pour ma part, dans mes cours, j’ai principalement choisi une démarche artistique. J’aime faire travailler les élèves à partir d’images : soit en produire, soit les utiliser, les partager.

Prenons un exemple concret : je leur soumets une série d’exercices sur le thème du partage de l’espace public dans la ville, à partir de vidéos. Après avoir identifié les questions intéressantes à soulever, ils doivent détailler très précisément une personne de cette ville, quasiment comme dans un roman, de manière à faire surgir toute la dimension émotionnelle. Puis je leur fais faire des collages qui représenteraient une façon de régler l’un des problèmes identifiés.

Par ailleurs, en termes de mise en œuvre, le contexte de l’apprentissage est primordial. L’important est de casser les murs de la salle de classe ! La salle de classe traditionnelle protège les élèves, les rend passifs. Voilà pourquoi il est bon de se retrouver dans des pièces sans tables et sans chaises par exemple, de les faire assoir par terre ou d’aller dans le jardin – à cet égard il n’est pas étranger que TEG soit façonné autour d’un jardin justement, sur un campus juste un peu à l’écart du campus principal.

La dimension matérielle est ici d’importance : en sortant les élèves de leur zone de confort, on les « déconditionne », ce qui fait appel à leur créativité.

Il y a juste une condition nécessaire à mon sens pour que tout cela fonctionne, qui se joue dans l’attitude : il faut de la bienveillance ! Il ne doit pas y avoir de jugement les uns envers les autres, ce qui n’est pas toujours évident. Pareil pour le professeur, qui évidemment peut et doit commenter ce que font les élèves, pour les accompagner, mais se garder de tout jugement.

Cette pédagogie a-t-elle des limites ?

Ce type de pédagogie est comme tout : il faut l’utiliser pour ce à quoi elle sert ! Elle n’est pas globale, elle ne peut pas répondre à toutes les questions et traiter toutes les situations.

D’où l’importance d’avoir plusieurs types de pédagogies dans une formation, pour trouver un certain équilibre fructueux : des cours magistraux avec peu d’interaction, des simulations par le biais de jeux de rôles ou d’études de cas, l’apprentissage par la résolution de problèmes… Ici, l’expérientiel via la créativité apporte sa pierre à l’édifice d’ensemble des pédagogies proposées, en tout cas à BSB, dans l’optique d’une formation à la fois la plus pertinente et la plus efficace possible.

On le voit de toute façon empiriquement : les étudiants ne sont pas tous les mêmes, tout le monde n’apprend pas de la même façon et chacun peut être sensible à des choses très différentes. En équilibrant les différents types de pédagogie, on peut toucher l’ensemble de nos élèves, au moins à un moment ou un autre.   Au-delà de cela, je vois peut-être deux limites à ce type de pédagogie dans une business school : elle suppose une maturité, un contexte plus large que la salle de classe donc, et une acceptation plus globale de ce qu’elle est. Ceci n’est pas toujours évident à intégrer.

Et puis enfin, et c’est un peu paradoxal : il ne faut pas que cette pédagogie devienne la norme. Si elle ne garde pas une dimension que l’on pourrait qualifier d’alternative… elle deviendra ennuyante à son tour.



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