School of Wine
16/4/2026

Pourquoi le vin a encore tant à offrir: la vision d’un diplômé

Thibault Jacquet fait partie de ceux qui connaissent le vin par tous ses angles : la vigne, le terroir, le commerce, l’export, les marchés et les consommateurs. Manager du Domaine Bonneau du Martray à Pernand-Vergelesses et fondateur de Karolus France, il porte un regard franc sur les défis du secteur — avec une conviction : le vin a encore beaucoup à offrir.

 

Diplômé du Mastère Spécialisé Commerce International des Vins & Spiritueux en 2010, il a construit un parcours entre domaine viticole, développement international et entrepreneuriat. Une trajectoire qui lui permet aujourd’hui d’observer la filière avec lucidité, sans jamais perdre de vue la passion qui la porte.

 

Un marché en transformation… mais loin d’avoir dit son dernier mot

 

Interrogé sur les grandes dynamiques qui traversent le marché du vin, Thibault ne cherche pas à embellir la réalité.

 

« L’euphorie d’après Covid a laissé place à un monde d’incertitudes, de tensions géopolitiques, où la peur de l’avenir, le ralentissement économique et l’inflation pèsent entre autres sur la consommation et notamment celle du vin. »

 

Mais cette analyse n’est pas un constat de renoncement. C’est un appel à la résilience.

 

« Le vin reste une expérience, un moment de partage. Notre devoir de vigneron est de soutenir ceux qui font vivre cette culture pour que le vin garde sa place à table. »

 

Car derrière les chiffres, le vin reste un patrimoine culturel, un vecteur de lien et d’émotion.

 

Une nouvelle génération de consommateurs plus consciente

 

Les habitudes évoluent. Les consommateurs veulent comprendre ce qu’ils boivent.

 

« Consommer moins mais mieux, c’est une idée forte, mais la question du prix reste centrale. Le bio a été perçu comme une catégorie haut de gamme, pas toujours accessible. L’obligation d’afficher les ingrédients est à mon sens une bonne chose : c’est une manière d’inciter à utiliser moins d’intrants. »

 

Mais ce n’est pas tout. Pour lui, le défi est aussi culturel.

 

« Les jeunes n’ont pas forcément grandi avec cette tradition française du vin à table, et ne sont peut-être pas familiers avec cette multitude de terroirs, d’appellations, d’étiquettes… Cela peut intimider. Nous avons un vrai devoir d’éducation et d’accompagnement pour préserver ce patrimoine. »

 

La pédagogie devient donc une clé essentielle pour reconnecter les jeunes générations au vin.

 

L’international : des défis réels, mais des opportunités majeures

 

Pour Thibault, la France garde un atout décisif : « Les vins français sont toujours très demandés dans le monde, nous avons cette chance et il faut la chérir pour que cela dure. »

 

Les États-Unis et l’Asie restent des marchés moteurs pour le haut de gamme, même s’ils sont moins dynamiques qu’il y a quelques années. L’Europe, elle, conserve une consommation relativement stable.

 

Mais exporter aujourd’hui demande une agilité nouvelle : « La géopolitique, la logistique, les taxes, les taux de change…ce sont des réalités à intégrer. Le contexte actuel crée des coûts et des délais supplémentaires, et les droits de douane sont un frein réel. »

 

Pour réussir à l’international, il faut désormais comprendre les marchés, s’adapter et créer des relations solides.

 

L’authenticité, cœur battant des marques qui durent

 

Dans un marché saturé, l’authenticité est un véritable avantage concurrentiel.

 

« L’authenticité est essentielle. Un domaine qui travaille en bio et fait attention à son impact environnemental parle beaucoup plus aux consommateurs qu’il y a 20 ans. Nous proposons à la vente des capsules de bonheur, célébrées lors de moments de convivialité. Notre devoir est de faire au mieux pour ne pas rompre cette promesse. »

 

Pour Thibault, cette authenticité ne se limite pas à une posture marketing. Elle est le prolongement naturel d’une démarche sincère.

 

Une diversité de métiers et de parcours possibles

 

Le vin ne se résume pas à la production. La filière offre une diversité de métiers impressionnante.

 

« Il existe des opportunités à chaque étape de la chaîne : chez le producteur, en marketing, à l’export, en tant qu’agent, importateur, caviste, dans le e-commerce ou encore dans les maisons de ventes aux enchères. »

 

Et il existe mille manières d’y entrer, avec une particularité cependant : « Les passionnés de vin réussissent, et ceux qui aiment le contact humain réussissent d’autant plus. »

 

Pour Thibault, le succès repose ainsi sur deux piliers : la passion du produit et celle des gens.

 

Le digital comme levier, mais l’humain comme finalité

 

Le numérique transforme la relation au vin, mais il ne remplace pas l’essentiel : « Le digital est un pont, mais dans le vin, tout finit par revenir au contact humain. L’authenticité passe par ce contact, cette proximité. »

 

Les outils évoluent, mais le cœur du métier reste la rencontre.

 

Une filière humaine, porteuse de sens

 

Ce qui marque Thibault, ce sont les moments vécus sur le terrain.

 

« À chaque voyage dans le monde, je suis bluffé par l’accueil que nous réservent les amateurs de vin. C’est stimulant, énergisant. Je me rends compte de la force de notre culture. »

 

Pour lui, le vin est une aventure humaine : « Ce qui est attachant, c’est de contribuer à quelque chose d’authentique, qui traverse les âges et les époques. Cela pousse à le faire sans compromis. »

 

Un message aux nouvelles générations

 

Pour celles et ceux qui envisagent de rejoindre cette filière, Thibault partage une conviction forte : « Dans un monde très connecté mais paradoxalement plus solitaire, le vin crée du lien. Et il transmet des valeurs de travail, d’équipe, de partage mais aussi de discipline et de résilience. »

 

Et malgré les défis, les possibilités restent nombreuses : « Les opportunités sont mondiales. Celui qui ne craint pas l’aventure peut s’épanouir partout sur la planète. »

 

Un secteur à construire, ensemble

 

Le vin change. Les attentes évoluent. Les marchés se transforment. Mais une chose reste intacte : le besoin de passion, de transmission et de sens.

 

Pour Thibault, l’avenir appartient à celles et ceux qui sauront conjuguer lucidité et engagement.

 

Le vin n’est pas une promesse facile. Mais pour celles et ceux qui veulent construire, apprendre, transmettre et connecter, c’est un terrain d’expression immense — et un formidable levier d’impact.