Méditation de pleine conscience : 3 questions à Catherine Pourquier - Burgundy School Of Business

Méditation de pleine conscience : 3 questions à Catherine Pourquier

Après la sortie d’un nouveau livre, quelle place pour l’intelligence émotionnelle dans la société et l’éducation ?

Catherine Pourquier, Professeure en Conduite du changement à BSB, a publié début 2021 un nouvel ouvrage dédié à la méditation de pleine conscience. Nous en avons profité pour lui poser 3 questions autour de cette pratique qui connait un essor certain dans nos sociétés, et en particulier dans le monde professionnel où les problématiques de bien-être et de gestion des émotions deviennent incontournables.

Votre nouveau livre 60 Pratiques de méditation de pleine conscience est sorti aux éditions Jouvence en début d’année, pouvez-vous le présenter ?

Comme le titre l’indique, l’ouvrage propose une série de pratiques très concrètes de méditation de pleine conscience (MBSR, Mindfulness-based stress reduction en anglais). Il s’adresse plutôt aux débutants, à ceux qui ne pratiquent pas à la base ou n’ont pas de connaissance de la MBSR. L’idée, c’est de permettre à tout le monde de se lancer dans la MBSR, de la rendre accessible, de donner des outils, sachant que c’est quelque chose qui peut faire peur. Le livre s’inscrit dans une collection qui justement se concentre sur les dimensions pratiques, en apportant également des éléments théoriques, sous forme de focus ; et dont l’objectif est de casser les idées préconçues qui voudraient qu’il faille des années de pratique pour que ça fonctionne, ce qui n’est pas vrai.

Le livre, petit format de 115 pages, est construit autour de parties qui me semblent incarner des aspects emblématiques de la MBSR : « Cultiver la pratique de l’instant présent », « Lâcher le mental », « Traverser ses émotions », « Développer la conscience soi », « S’accepter tel que l’on est », « Accueillir ce qui est », « Se relier à l’amour », « Faire un avec la vie ». Il est accompagné d’un support audio qui permet de se plonger encore plus concrètement dans la pratique.

Je propose de prendre une dizaine de minutes par jour pour effectuer des exercices choisis, en donnant quelques astuces pour améliorer sa pratique. Au début de chaque pratique, il y a une citation pour aider le lecteur à rentrer dans celle-ci.

En quoi selon vous la pleine conscience est pertinente, en particulier dans la période que nous vivons depuis plus d’un an ?

On observe effectivement une forte demande pour les pratiques de méditation aujourd’hui, avec la période d’épidémie et les confinements que nous avons connus ces derniers mois. Ce sont les remontées que j’ai. Les gens se sont retrouvés face à eux-mêmes, dans des sphères limitées, avec du temps seul avec soi-même. Certaines personnes habituées à fonctionner le plus souvent vers l’extérieur se sont retrouvées face à un vide, à de l’insécurité, démunis, et ont pu développer des formes d’angoisse.

Il y a une autre catégorie de personnes, celle qui pratiquait déjà la méditation ou avait des activités plus intériorisées comme la lecture : d’une certaine manière, ces personnes ont été avantagées pendant la période, justement par cette capacité de nourrir cette vie intérieure.

La MBSR vise à développer une conscience de soi, de son intériorité, pour améliorer la relation avec l’extérieur. Lorsqu’il y a une crise, un changement radical, tels qu’ont pu l’être les confinements ou les couvre-feux, des personnes se sentent naturellement atteintes dans leur liberté. Or quand on a développé une écoute de ce qui vit à l’intérieur de soi-même, on peut atteindre une précieuse liberté intérieure.

Toutes proportions gardées évidemment, cela m’évoque le cas de Nelson Mandela et les 27 ans de sa vie en prison. Cet homme a été capable de préserver une liberté intérieure, une intériorité, de trouver l’énergie et de garder l’espoir, et aussi de développer une vision pour le futur. Il n’a gardé aucune amertume de l’injustice vécue.

En France, l’influence de la Révolution française a laissé des traces et on observe une certaine défiance vis-à-vis du religieux, ce à quoi la méditation peut souvent être assimilée. Pourtant la MBSR se démarque justement des pratiques religieuses et peut être vécue de manière laïque. Elle laisse la possibilité à chacun d’y mettre la forme spirituelle qu’il souhaite et ce que j’observe, c’est que de nombreux laïques la pratiquent aujourd’hui.

Quelle place pour cette pratique dans l’enseignement supérieur et vos cours à BSB en particulier ?

Dans l’éducation française d’un point de vue général il y a un manque d’éducation à l’intelligence émotionnelle. On apprend à lire, à compter, mais pas à poser des mots sur ses émotions. Dans la patrie de Descartes, nous sommes des cérébraux, des rationnels. A l’école on remplit les têtes avec de la connaissance intellectuelle, beaucoup moins, même si cela change, avec des savoir-être. Ces savoir-être, ça passe aussi par l’enseignement de l’intelligence émotionnelle selon moi, et notamment la communication non violente.

Là encore, la défiance persiste : se relier à son intériorité ne fait pas partie des priorités de l’Education nationale. Cependant, avec les travaux et l’influence du Professeur de médecine Jon Kabat-Zinn, la MBSR a connu depuis le tout début les années 80 un essor dans les universités et les institutions médicales également – Saint-Anne à Paris par exemple. Il a été clairement mis en en évidence que, en plus du traitement médical, les gens pratiquant la MBSR guérissaient plus vite. La MBSR a des effets positifs pour le corps : 25 ans d’études scientifiques démontrent cela, et la pratique n’a eu de cesse de gagner en légitimité.

Ainsi progressivement cela diffuse dans l’école, même si le développement se fait surtout en Amérique du Nord. Il y a de plus en plus de protocoles, principalement axés sur la respiration. La MBSR contribue à développer l’attention, et donc favorise la concentration. Cela permet d’atteindre un état intérieur de calme, et aide à devenir quelqu’un de pacifique, ce qui peut être particulièrement « utile » dans un certain nombre d’endroits marqués par la violence comme on en connait par exemple aux États-Unis.

Pour ma part je pratique la méditation depuis 25 ans. J’ai découvert par la suite en 2012 Kabat-Zinn et la MBSR et la dimension laïque de sa pratique lors d’une conférence donnée par le centre de Mindfulness d’Oxford University, lors d’un visiting.  Cela a été pour moi le déclencheur dans l’idée de transmettre en milieu universitaire, en tant qu’enseignante. A BSB je suis partie de l’intelligence émotionnelle : à partir de 2014, après m’être formée, j’ai proposé la MBSR à mes étudiants, simplement des séances pour se connecter à soi. Je présente cela comme une possibilité, une ouverture, une découverte, pour se relier à soi, à ses émotions, dans une logique de bien-être.

Ma porte d’entrée, c’est le bien-être. J’enseigne en RH et en conduite du changement ; quand mes élèves seront managers, en charge du bien-être de leur collaborateurs, ils seront prescripteurs. Le bien-être est devenu aujourd’hui une valeur incontournable et la MBSR peut y contribuer.

Plus d’informations sur le livre 60 Pratiques de méditation de pleine conscience

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