School of Wine
26/3/2026

Le vin en mouvement : Edouard Baijot MW, un regard passionné sur un secteur d’avenir

Entre passion, innovation, ouverture internationale et compréhension fine des consommateurs, Edouard Baijot MW incarne parfaitement la vitalité du monde du vin.

Figure reconnue du secteur, il a construit un parcours impressionnant, marqué par plus de vingt ans passés chez Gallo puis par son arrivée récente chez Laurent-Perrier, en Champagne. Master of Wine depuis 2019, dernier Français à avoir obtenu ce titre, il porte sur la filière un regard lucide, exigeant et profondément optimiste.

Son message est clair : loin d’être figé, le vin est un secteur en pleine transformation. Et pour les jeunes talents prêts à s’y engager, il offre encore de très nombreuses opportunités.

Un parcours d’exception, guidé par la curiosité

Champenois d’origine, Edouard Baijot MW entre dans l’industrie du vin au début des années 2000 comme chef de secteur chez Gallo. Il y construit ensuite une trajectoire internationale de tout premier plan.

En 2010, il obtient la certification WSET (Wine & Spirit Education Trust). En 2019, il devient Master of Wine, une distinction rare qui vient consacrer son expertise. En 2025, il quitte Gallo pour revenir sur sa terre d’origine et rejoindre Laurent-Perrier en tant que Directeur France, Belgique, Luxembourg et Hospitalité.

Mais lorsqu’il raconte son parcours, Edouard insiste moins sur les titres que sur ce qui l’a toujours fait avancer : la découverte.

« Ce qui m’a captivé au départ, ce n’était pas seulement le produit, mais l’histoire des familles, des maisons, des territoires et des cultures. Le vin est une porte fascinante ouverte sur le monde – et c’est précisément cette richesse qui m’a donné envie d’y consacrer ma vie professionnelle. »

Cette curiosité ne l’a jamais quitté. Pour lui, le vin reste l’une des rares industries où l’on peut apprendre tous les jours, toute sa vie.

Une industrie de passion, entre tradition et innovation

Pour Edouard, il existe un mot qui résume tout : passion. Le vin est un secteur habité par des femmes et des hommes qui aiment profondément ce qu’ils font. C’est ce qui lui donne une dimension humaine bien au-delà de la seule logique produit.

« C’est une industrie fascinante. On y rencontre partout des gens qui vivent leur passion, veulent partager leur culture, leur histoire, leur vision. Avoir la chance de travailler dans un univers qui vous passionne change la vie, même si cela demande, bien sûr, beaucoup d’efforts et d’engagement. »

Le vin souffre parfois d’une image trop traditionnelle. Pour lui, c’est une lecture incomplète.

« Dire que le vin est traditionnel n’est pas faux. Mais si on l’entend de façon négative, c’est une erreur. Ces dernières années ont été marquées par une véritable effervescence d’innovations : à la vigne, à la cave, dans la compréhension des sols comme dans les outils œnologiques. Le vin évolue bien plus vite qu’on ne l’imagine. »

Travail des sols, réduction des intrants, précision accrue dans la vinification, meilleure compréhension des terroirs : l’innovation est partout. C’est même ce dialogue permanent entre héritage et modernité qui fait, selon lui, la singularité du secteur.

Des consommateurs plus exigeants, en quête de sens

Le marché du vin évolue vite. Les attentes des consommateurs changent, les codes de communication aussi. Pour Edouard, la grande tendance de fond tient en un mot : transparence.

« Les jeunes générations veulent comprendre ce qu’elles consomment. Elles ne se contentent plus d’un discours marketing. Elles veulent savoir d’où vient le vin, comment il est fait, qui le porte, dans quel territoire il s’inscrit.Elles cherchent du sens, du lien, de l’authenticité, et une histoire. »

Ce qui le frappe, c’est aussi le niveau d’exigence des jeunes consommateurs.

« Ils posent énormément de questions, parfois avec un niveau de détail impressionnant. Cela pousse la filière à gagner en clarté, en pédagogie et en sincérité – et c’est, au fond, une excellente chose. »

Autre évolution marquante : le vin ne se limite plus à la bouteille. Il se vit aussi à travers l’œnotourisme, les visites de domaines, les rencontres avec des producteurs, les accords mets-vins plus décontractés. Les goûts évoluent également, avec une recherche plus forte de fraîcheur, de fruit et de vins plus digestes.

Un produit culturel, profondément humain

À l’heure où l’on parle beaucoup de technologie et d’intelligence artificielle, Edouard rappelle l’essentiel : le vin reste d’abord une aventure humaine. Il aime citer cette phrase du journaliste Pierre Veilletet : « Il n’y a pas de grands vignobles prédestinés, il n’y a que des entêtements de civilisation. »

Tout est là. Le vin raconte l’histoire de territoires que les femmes et les hommes ont patiemment façonnés, parfois dans des conditions difficiles, génération après génération.

« Il n’y a pas de vin sans l’homme. Le vin est sans doute l’une des expressions les plus abouties de l’agriculture, car il raconte ce que des civilisations ont su bâtir sur des terres parfois hostiles. C’est un produit profondément culturel, autant qu’agricole. »

Face à l’IA, il ne se montre ni inquiet ni nostalgique. Il y voit un outil utile pour mieux informer, mieux structurer certains discours, gagner en transparence. Mais il pose une limite claire : l’émotion ne sera jamais remplacée.

Un marché global, riche en débouchés

Le vin est aujourd’hui un marché profondément international. Edouard observe avec intérêt plusieurs zones de développement : la Pologne, le Brésil et l’Amérique du Sud, la Corée du Sud et l'Asie, mais aussi le Moyen-Orient.

« La croissance du vin se joue de plus en plus aussi hors des marchés historiques. C’est une excellente nouvelle pour les jeunes qui souhaitent rejoindre la filière : cela ouvre la voie à davantage d’opportunités, de mobilité et de diversité dans les parcours. »

Cette mondialisation impose aussi des compétences particulières : parler plusieurs langues dont l’anglais avant tout, évidemment, mais aussi comprendre les cultures, savoir lire les marchés, s’adapter à des environnements variés.

La distribution, elle aussi, fait la spécificité du vin. Vente directe, cavistes, CHR, grande distribution, export, e-commerce, œnotourisme : les circuits sont multiples. Cette complexité, renforcée par la responsabilité liée au fait qu’il s’agit d’un produit alcoolisé, crée aussi de la valeur pour celles et ceux qui savent expliquer, transmettre et construire de la relation.

« Le vin est un produit merveilleux, mais il doit être consommé avec modération. Cela nous oblige à éduquer, expliquer et promouvoir une consommation responsable. J’aime beaucoup ce proverbe provençal : boire peu pour boire longtemps. »

Une filière qui a besoin de talents

Pour Edouard, le vin a plus que jamais besoin de profils curieux, souples et ouverts sur le monde.

« On parle à des consommateurs très différents. Il faut donc des talents capables de comprendre cette pluralité, d’apprendre vite, de s’adapter, d’explorer. La diversité des profils est une force pour le vin. »

Communication, marketing, production, vente, export, distribution, hospitality, business development… les débouchés sont nombreux, dans des petites structures comme dans de grandes maisons, en ville comme à la campagne, sur des marchés locaux comme à l’international.

Son conseil aux jeunes est clair : « Éduquez-vous, instruisez-vous, explorez toute la diversité du vin. Ne vous mettez pas de barrières. Plus vous découvrirez cet univers, plus vous y trouverez votre place. »

Un secteur d’avenir

Malgré les mutations en cours, Edouard se montre très optimiste. Les marchés matures peuvent être redynamisés, de nouveaux consommateurs restent à conquérir dans le monde, et la carte des vignobles continuera d’évoluer.

« Il ne faut pas avoir peur du changement. Les territoires et les pratiques associées ne sont pas figés et cela créera de nouvelles opportunités. N’est-ce pas, depuis les origines mêmes de l’humanité, la vocation de l’agriculture que de s’adapter aux aléas du temps ? Le vin n’est pas à la fin d’une histoire, il est au début d’un nouveau chapitre. »

Et s’il devait résumer sa vision en une phrase, ce serait celle du résistant Gabriel Delaunay :

« Il y a une civilisation du vin, c’est celle où les hommes cherchent à mieux se connaître pour moins se combattre. »

Pour les jeunes qui cherchent un secteur exigeant, humain, international et en mouvement, le message est limpide: le vin continue d’offrir un terrain de jeu extraordinairement riche. Et il a besoin de nouvelles énergies pour écrire la suite.